Cecil Papers
August 1584

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1889

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47-65

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'Cecil Papers: August 1584', Calendar of the Cecil Papers in Hatfield House, Volume 3: 1583-1589 (1889), pp. 47-65. URL: http://www.british-history.ac.uk/report.aspx?compid=111469 Date accessed: 28 July 2014.


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August 1584

96. Robert Barton.
1584, Aug. 15.Licence under the Signet to Robert Barton to transport, from some port in Norfolk or Suffolk, approved by Burghley, into Holland, a thousand quarters of malt and barley, as a reward for his services in bringing over horses into England.—Oatlands, 15 August, 26 Elizabeth.
Signed.
1 p.
97. Fontenay to the Queen Of Scots and to Nau.
1584, Aug. 15.Madame,—Depuis mon arrivée par deca j'ay cerché, mais je n'ay peu trouver, le moyen d'escrire a vostre Majesté plustost, pour luy rendre compte de toutes mes procédures tant en France qu'icy. Avant mon partir de Paris il ne fut en ma puissance de tirer aucunes nouvelles de Glasgo, et par conséquent moins du Duc de Guise, horsmis qu'il m'a commandé de dire au Roy d'Escosse qu'il luy avoit envoyé depuis naguères 6,000 escuz en attendant plus grand somme, et qu'aussy tost que les forces du Roy d'Espagne seroyent prestes, il ne fauldroyt de s'y trouver en personne pour passer promptement par deca; le reste de ce qu'il me dit n'estant que complement de sa bonne volonté vers le Roy d'Escosse vostre filz.
Le — de — j'arrivay a petit Lith, d'ou, suyvant le commandement de vostre Majesté, je depeschay incontinent un de mes seruiteurs vers my lord Doun pour le prier d'advertir le Roy vostre filz de mon arrivée. En attendant la response plusieurs seigneurs me vindrent visiter. Horsmis le enfans de Mons. de Seton, qu'il avoit informe de ma venue, les aultres retournèrent sans avoir sceu de moy ny les miens sinon que j'estoys venu seulement pour visiter le pays. Le Roy vostre filz, entendant ceste mienne facon de procéder, Teut fort agréable, cognoissant par la que je ne me vouloys descouvrir aucunement ou négocier avec personne si non par sa direction. Pour ce il m'envoya incontinent le Seigneur Doun pour me reéevoir et conduire icy, ou pour lors de mon arrivée il estoyt à la chasse, ce qui me fit souvenir de vostre Majesté, laquelle y estoyt que mon beau frère et moy arrivasmes à Tutburye. Le lendemain, m'ayant faict cest honneur de moy, je luy presentay l'espée, luy declarant ce que vostre Majesté m'avoyt commandé a ce propos, dont il se prit a rire fort. Il me protesta qu'il vous seroyt bon et loyal chevalier toute sa vie, et qu'avant peu de jours la teste de my lord Lindsey, et de tous les aultres qu'il pourra attraper de voz ennemis, feroyt preuve combien relligieusement il veult garder le serment de chevalier, qui lors de son enfance au bereeau fut pour luy faict a vostre Majesté, laquelle en pourra voir un plus ample et particulier tesmoignage es lettres qu'il escript a vostre Majesté cy enclosées.
Madame, oultre ce que vostre Majesté pourra voir es lettres avoir esté lors par moy faict a l'advancement de vostre service, j'ay acheminé plusieurs aultres choses ainsy qu'il ensuit. En premier lieu, craignant que le Roy vostre filz industrieusement de soy mesmes, ou à la persuasion de ceulx qui le possèdent, ne voulut tirer en longueur vostre association, je m'advisay pour sonder plus avant sa volonté de l'enquérir a quelles personnes il desiroyt que vostre Majesté envoyast ses lettres de commission pour passer avec luy ladite association. Après avoir pris delay de deux jours pour y penser, en fin il me nomma les Contes d'Aran et Montrosse, d'Arguile, d'Eglinton, et le sieur Rob. Melvin. Si vostre Majesté le trouuoyt bon, il me semble qu'il ne seroyt hors de propos d'y adjouster les Contes de Crauford et Huntley. A ceste occasion, madame, je prie tres-humblement vostre Majesté de m'envoyer les dites lettres de commission, afin d'oster tout le subject icy, après le retour de Mons. de Seton, pour prendre de différer plus long temps la conclusion de ceste chose à faulte des dites lettres de commission, et aussy que la saison ne sera jamais si belle de faire passer ladite association comme a présent, pendant le bannissement de traistres, de sorte que la plus part de ceulx qui restent icy, cognoissans aujourdhuy l'inclination du Roy vers vostre Majesté, crient journellement mercy des faultes qu'ilz vous ont faictes, luy promettant n'y retourner jamais, et de vous estre fidelles subjets et serviteurs toute leur vie à l'un et l'aultre.
Quant au traicté de vostre liberté, le Roy est d'advis que vostre Majesté en poursuive la conclusion sans plus dissimuler, avec les meilleures et plus avantageuses conditions qu'il se pourra pour le bien commun de voz Majestéz, m'ayant dit qu'il desire, avant la conclusion dudit traicte, en avoir entiere communication, par ce que, selon le contenu d'iceluy, il pourra adviser vostre Majesté de plussieurs choses qu'elle ne scayt pas, comme au cas pareil il a esté par elle adverti de plusieurs aultres qu'il ne scavoyt pas. Le desir qu'il a de vostre délivrance me faict penser qu'il est maintenant en volonté rien traitter avec la Royne d'Angleterre. Le Conte d'Aran, auquel on m'a dit que Mons. de Gray a revelé l'entreprinse, luy a mis cest humeur en teste et Mons. de Gray l'y nourrie, pour le desgouster de l'entreprinse, dont j'ay trouvé sa Majesté fort aliené, voire du tout quasi hors d'espoir, à quoy, pour obvyer et remettre le Roy vostre filz plus avant en l'opinion qu'il a eu, j'ay supposé une lettre que je luy a [sic] faict croire, et audit Gray aussy, m'estre fraischement venue de France, par laquelle on me donnoft très bonne espérance de la dite entreprinse, et que le Roy d'Espagne avoyt envoyé sa résolution au Duc de Guise, qui en attendoyt en bref 1'exécution, ce que je donnois expressement a entendre, afin de retenir ledit Gray en la negociation et pourparler que Aran et luy doibvent avoir conjoinctement avec my lord Hunsdon. Au commencement, voyant que le Conte d'Aran estoyt seul compris en la commission dudit pourparler, craignant que le Roi vostre filz ne se laissast abuser par luy, je feis instance a sa Majesté de députer quelcun avec le dit Aran pour luy assister de la part de vostre Majesté, laquelle aultrement pourroyt avoir ceste entreveue suspecte, et prendre très mauvaise opinion si quelqne chose y passoyt sans son sçeu et adveu. Sur ma remonstrance le Roy me promit dy envoyer le dit Sieur de Gray, que j'aymeroys mieulx s'il n'estoyt taut au gré dudit Aran.
Ayant remonstré au Roy que vostre Majesté auroyt fort agréable de scauoir celuy qu'il luy envoyeroyt pour la visiter, il me respondit qu'il n'en estoyt encores résolu. Toutesfoys Mons. de Gray me dit qu'il faict estat certain d'y estre envoyé. My lord Doun desire infiniement d'avoir ceste charge, et moy je desireroys avec le gré de vostre Majesté que le Roy le donnast à un Conte d'Aran, par ce que vostre Majesté le pourrroyt en ce faysant gaigner entièrement de son costé, et si je nrasseure que la Royne d'Angleterre accordera plus facilement vostre liberté si une foys le dit Conte entreprend de la luy demander, cc estant hornme fin, hardy, et d'execution.
J'ay eu touttes les peines du monde à le debutter d'une maxime qu'il ne falloyt encores que le Roy declarast ouvertement à la Royne d'Angleterre l'union de voz Majestéz, l'affection qu'il vous porte, n'y moins qu'il luy feist aucune instance de vostre delivrance. Ses raysons estoyent : peur de prouoquer ladite Royne d'Angleterre à prendre les armes contre le Roy son maistre, ou bien, quand elle ne les prendroyt, se mettre au hazard d'une vilaine honte, advenant qu'elle le refusast de vostre delivrance. Surquoy il me demanda quel moyens voz Majestéz avoyent, en cas de refuz, de se vanger de la dite Royne d'Angleterre, et la contraindre de faire la volonte du Roy vostre filz, et qu'à mon ad vis il faisoit finement pour me tirer de la bouche quelque chose de l'entreprinse. A ceste occasion, sans luy toucher aucune particularité je me tiens en ces termes que messieurs voz parentz en France à mon advis ne lairroyent voz Majestéz en telle extremité de honte et danger, oultre ce que luy mesmes, au commencement de nostre discours, m'avoyt dit plainement qu'il ne craignoyt aulcunement les forces de la dite Royne d'Angleterre, et que son maistre estoyt trop bastant pour luy resister, chose merveilleusement contradictoire à ses de[r]nieres apprehensions et contemplations. Ce qui me mettoyt en plus grande doute de Tatfection et fklelite qu'il me promettoyt vers vostre Majesté, jusques à me dire qu'en un besoing il s'offroyt avec — chevaulx d'aller auprés du chasteau dc Tutburye attempter vostre delivrance m'augre [sic] et en despit de toute PAngleterre, sachant bien, dit il, les braves gardes qui sont entour de vostre Majesté, ou bien si elle l'advisoyt d'aultres moyens il s'offroyt de les exècuter. Le prenant au mot, je le priay d'en eserire a vostre Majesté, l'asseurant qu'elle en auroyt grande consolation et obligation de luy confer desormais voz plus hnportans affayres, ce que je faisois expressement en intention, comme encores j'espère faire de l'engager par là à vostre Majéte. Toutesfoys, pour l'heure il me dit qu'il ne le pouvoyt fayre sans exprès commandement du Roy, m'alleguant d'aillieurs plusieurs inconvénients qui pouvoyent arriver si ses lettrès venoyent à estre interceptées. Pour luy traneher ceste appréhention, je luy fis offrir sur ma vie et si peu de bien et honneur que j'ay en ce monde, que s'il me vouloyt confier ses lettrès je les feroys tenir a vostre Majesté si seurement qu'il n'en adviendroyt aucune faulte. Se voyant par moy pressé de si près, il me promit en fin d'en passer entierement par la volonté du Roy, m'appointant heure au lendemain pour en conférer ensemble en la présence de sa Majesté. Avant que entrer là je m'advisay luy compter separément ce qui s'estoytpassé entre ledit Aran et moy, prenant occasion sur ce propos de préparer sa Majesté a mes intentions par toutes les raysons que je pensayplus persuasives et conforme à son humeur, que je scay bien estre fort craintif de la malediction de Dieu et de vostre Majesté; au reste, ambitieux, j'entends, d'une vertueuse gloire, et qui veult sembleravoir aucune peur du Roy qui soyt au monde. Ainsy, quelque tempsaprés, ayant faict appeller ledit Aran, je commencay luy proposer silestoyt expedient pour le jourdhuy de faire ouvertement comparoistre en Angleterre et allieurs la révérence et amitié qu'il doibt à vostre Majesté comme à sa mére. Ce que je discourus centre les raysons d'Aran estre non seulement honneste et proufitable, mais necessaire au bien commun de voz Majestéz. Il seroyt hors de propos et superfluz de répéter les raysons et passages que je discourus au Roy : le plus fort estoyt qu'il me donna gain de cause. Le Roy donques ayant conclud pour moy à ceste premiére proposition, afin que I'effect suivist la parolle en vertue de I'exécution de cest arrest, je requis sa Majesté de commander deux choses audit Conte d'Aran, lors qu'il traitteroytavec my lord Hunsdon. Premièerement, qu'il luy advoust et feist cognoistre plainement I'affection de son maistre et la sienna mesmes vers vostre Majesté. Ce premier poinct me fut non seulement accordé parle Roy, mais expressement commandé au Conte d'Aran. Ma seconde requeste fut qu'on fist instance au dit Honsden d'avoir passeport de la Royne d'Angleterre pour envoyer visiter vostre Majesté. A prèplusieurs raysons d'une part et d'aultre, il fut arresté et commandé par le Roy audit Aran que s'il demeuroyt en bonnes termes avec ledit Sieur Hunsden il fist instance dudit passeport, si non qu'on ne le demanderoyt poinct. Que si leur pourparler demeuroyt en termes indifférentz et indecis d'amitie et inimitie, on differeroyt à demander ledit passeport jusques à tant et selon la conclusion des affayres. Mais en somme le Roy me promit quoy luy en peult arrieur qu'il envoyeroyt visiter vostre Majesté en bref. Quant à faire demander vostre delivrance de la Royne d'Angleterre, je n'eusse peu l'entreprinse, ce que le Roy m'avoyt expressement defendu, et pour ce, sans entrer plus avant, il fut arresté que I'execution de cest article se feroyt le plutost et commodement que fayre se pourroyt selon le train que prendroyent les affaires entre voz Majesté et la Royne d'Angleterre. Après avoir obtenue ce que je demandois pour preuve de I'affection du Roy vers vostre Majesté, je m'advisay d'y embarquer le dit Aran aussy bien que son maistre. A ceste occasion je luy fis promettre et s'obliger par serment de soubsigner vostre association aussy tost apres que Mons. de Seton aurroyt envoyé les lettres et articles.
Davantage, en attendant qu'il eust la commodité d'escribe a vostre Majesté, je suppliay le Roy, puis qu'il le vouloyt employer au maniement de voz communes affayres, de prende a I'heure mesmes serment de luy, comme à son Roy et filz de la Royne sa mère, qu'il vous seroyt à jamais très-fidelle et très-obeissant subject et serviteur, soubz peine d'encourrir non seulement la male grace de voz Majestéz mais auusy le d'eshonneur et punition des traistres. le Roy ayant pris de luy ee serment, il me promit de respondre a vostre Majesté de sa propre vie pour le dit Conte d'Aran, s'asseurant qu'il ne se perjureroyt jamais de son serment. Quand le dit Aran fut sorty, le Roy me promit qu'il trouveroyt moyen de le fayre escrire é vostre Majesté, afin de l'obliger aussy bien par lettres que de parolle. Si une foys vostre Majesté le peult entièrement gaigner, vostre Majesté le peult promottre tout ce qu'il luy plairra estre faict en ce pays. Sa femme baste pour le gaigner, croyant plus en elle qu'en Dieu. D'argent et la grandeur sont les moyens de la gaigner, estans propres instruments pour se servir de ieur ambition et avarice. Et luy et elle esgalement ont l'esprit vif, penetrant, fin, convoiteux de bien et grandeurs, haultain, hardy à entreprendre et capable de beaucoup d'affaires, bref, qui possède si avant le Roy que la plus part du peuple et des seigneurs estime véritablement qu'il a esté par eulx enforcelé. Tout ce que je crains en cecy est la hayne qu'universellement tous les plus grands seigneurs et peuple mesme leur porte jusques an mourir. Qui me faict apprehendre une prompte revolte et mutation de cest estat, sy Dieu n'y mette la main, s'estant ja descouvert une conspiration contre luy pour le tuer et se saisir du Roy. Il y en a quatre prisonniers en ce chasteau, dont Pun a esté perpetuellement serviteur de vostre Majesté, et s'appeile le Prevost de Clanclouden, parent de Georges Douglas. Il n'a encores rien confessé. L'aultre s'appelle Dromont, qui s'est retraict par foys de sa confession, par foys il y a persisté. Les deux aultres sont de basse condition, n'ayant peu sçavoir leur noms.
Madame, je n'ay eu faire de rien dire au Roy des Ministres. Car il est de soymesmes assez preparé à leur mine. Seulement je l'ay confirmé en la bonne opinion qu'il a d'eux, si bien qu'il m'a promis d'en faire prendre deux ou troys pour servir d'exemple aux aultres. Je ne crains qu'une chose, qu'il se veuille fayre chef de l'églize, de façon que par après appasté des biens d'icelle, il persiste plus opiniastrement en sa doctrine. Qui est neantmoins toute separée de Luther et Calvin, tenant beaucoup de poinets avec nous; entre aultres, que la foy est morte sans les oevres, qu'il n'y a poinct de predestination, et aultres raaximes semblables. Il tient une fause opinion, qui toutesfoys est proufitable aux Catholiques, c'est que la seule foy en Dieu suffist pour sauver l'homme en quelque relligion que ce soyt, inferant de la que ses prédecesseurs et vostre Majesté mesmes peu vent estre sauvéz. Ceste opinion est cause en partie qu'il abhorre moins les Catholiques, oultre qu'en les bien traittant il pense fort agréer a vostre Majesté, m'ayant demande plusieurs foys si elle n'estoyt pas bien ayse de ce qu'il a faict pour les pouvres Angloys bannis, qu'il a faict entretenir es terres du Conte de Huntley, duquel les ditz Angloys se louent fort pour le bon traittement qu'il leur a faict continuellement, dont ilz désirent qu'il pleust a vostre Majesté Pen remercier pour eulz par quelque petit mot de lettres, par ce qu'ilz croyent que le dit Huntley leur a faict ces bons offices en vostre consydération. Monsieur Fuljambe et son beau frère doibvent partir d'icy dans quatre jours pour s'en aller en France, ou ilz n'ont aucun moyen de vivre sans la bonté et liberalité de vostre Majesté, pour l'amour de laquelle ilz ont perdu tous leurs biens.
Madame, je n'ay poinct encores touché au Roy que le général de son mariage comme la chose qui se peult traitter plus a loysir. Quant aulx Instruccions secrettes le Roy m'a promis ce qui ensuit. Pour le premier article, la mort de mylord Lindsey et de l'Abbé Domfermeling; sa Majesté ne cognoist poinct les Bastards de la may son de Mar. Pour le faict des Daglas et Hamiltons, il m'a dit qu'au Parlement dernier il avoit prévenu vostre commandement par un édict portant que nul desormais n'eust à pourchasser demander ou requérir de sa Majesté restitution, remission, ou aultre grace pour ce luy qui une foys auroyt esté forfault pour crime de lèse Majesté, soubs peine d'encourir la mesme peynede forfault, sans acceptionde personne, estat, condition, ou qualitez quelconques.
L'exécution do conte de Ghoury précédente mon arrivée par deça a rendu nul Particle qui le concernoit. Quant au Colonel Steuard, le Roy m'a dit qu'il le tient pour homme d'aussy peu de discours que d'esprit, simple, nullement malicieux, brave à la guerre, et fidelle en son service, qui véritablemcnt aultresfoys a esté adversaire à vostre Majesté, mais à present bien affectionné vers elle. Il me dit plus qu'il ne le vouloyt pas prodre parce qu'il luy pouvoyt servir beaucoup à la guerre qui estoyt son way gibier; car d'aultres choses il n'en estoyt pas capable. Au surplus que ces jours passez, luy parlant de quelque chose, il avoyt esté si soi et presumptueux de dire a sa Majesté qu'il falloyt resolument qu'il en passast à sa discretion, mais qu'il le rendit merveilleusement camuz, luy commandant de sortir de sa presence et qu'il ne revinst jamais, luy demandant s'il ne pensoyt qu'il eust le moyen de le rendre aussy coquin et bellistre qu'il estoyt venu en son service, et le rendroyt encores pluspetit compagnon qu'il n'estoyt lors. Sa Majesté me dit que sur ce propos il commenca à pleurer infiniement, et se jetter a ses piedz pour luy demander pardon de sa folle temerite, luy promettant a mains joinctes qu'il ne luy adviendroyt jamais de s'oublier vers sa Majesté. Il n'a laissé pourtant de perdre a ceste heurte beaucoup de son credit, joinct les charitéz qu'Aran luy preste journellement. Et nemtmoins, avec tout cela, Je Roy m'a commandé, et ledit Colonel m'a requis, d'escrire en sa faveur a vostre Majesté, pour l'asseurer de la bonne affection qu'il a de la servir fidelement durant sa vie, sans l'espargner ny chose du monde qui soyt en sa puissance. A fin de l'obliger plus estroitement à ce debvoir, il prie très-humblement vostre Majesté vouloir escrire au Roy d'Espagneun petit mot en sa recommendation, à ce qu'il plaise a la Majesté catholique faire rendre et restituer a sa femme les biens qui luy ont esté ostez au Pais Bas durant la guerre, promettant le dit Colonel en ce cas de demeurer à jamais bon et fidel vassal dudit Roy d'Espagne, et que pour preuve de ce il mettroyt entre les mains du Prince de Parma toutes les compagnies qu'il avoyt au service des Estatz. Ce qu'il promett pouvoir faire aisemont soubz pretexte qu'il n'est pas Payé d'eux, m'ayant asseuré quilz luy doibvent plus de — escuz. Oultre les dites lettres qu'il prie vostre Majesté faire tenir au Roy d'Espagne par la voye plus courte et ordinaire, il supplie derechef vostre Majesté luy faire ceste faveur de luy envoyer par deca deux aultres lettres de mesmes subject, l'une au dit Prince de Parma et l'aultre au Duc de Guise pour le luy recommander son affaire. Madame, je prie trèshumblement vostre Majesté de faire ceste grace audit sieur Colonel, par ce que je scay bien qu'il la peult mériter en vostre service et cehjy du Roy vostre filz, m'ayant ja imparty plusieurs advis qu'il a reçeu d'Angleterre touchant de desseing que le conte de Leycestre faict ou fainct de recercher voz Majestéz, et d'avoir bonne intelligence avec icelles, spécialement depuis la rnort de son filz, qu'il avoyt promis à la contesse de Chreusburye pour la petite Arbelle. Quoy que soyt, il embrasse vostre party, soyt de bonne volonté ou de la necessityé de ses affayres particulieres, qui ne peuveut subsister sans celles du Roy son maistre le forcent de prendre vostre routte. En quoy, avant que le Roy me licencie d'icy, je le confirmeray le mieulx qu'il me sera possible par espérance de biens et de grandeur, qui sontlesseules sirenes qui peuvent charmer la plus part des seigneurs de ce pais. Car c'est follye de leur prescher leur debvoir envers leurs princes, l'honneur des actions justes et vertueuses, et la memoire qu'ilz doibvent laisser de leurs faicts à leur posterite. sachans plus de ce discours que tous les philosophes ensemble, mais pour tout cela ilz ne veulent faire aultrement que les Atheniens quicavoyent ce qui estoyt bon et juste, mais il ne le vouloyent pas faire. C'est un commun malheur icy que la plus part des seigneurs ne veulent estendre leur veüe plus loing que leur piedz, sans se soucier aucunement de l'advenir et moins encores du passé.
Quant à l'article des forteresses, le Roy a commencé de charger le Capitaine du Chasteau d'Edirrburg, non pour doute qu'il eust de sa fidélité mais de sa facilityé et trop grande amitié à sa fcmme, qu'on tient estre fort avaricieuse et corruptible, oultre qu'il est oncle de Mar et portant mesme nom que luy. Lundi dernier Aran entra en possession dudit chasteau, dont le Hoy luy a donné la garde au lieu de l'aultre.
Quant à ses finances et liberalitéz, je le voy en bonne résolution d'y prendre garde plus soigneusement que jamais, et d'enrichir sa couronne aultant qu'il pourra, s'estant ja reserveé pour luy le plus beau et meilleur des biens du Conte de Ghorry.
Pour le regard de l'alliance d'entre la France et l'Escosse, il m'asseure d'avoir donné charge a Monsieur de Seton de la renouveller. mais seulement confirmer l'ancienne. Il trouve très-bon Tad vis de vostre Majesté de tenir la porte ouverte à tous les aultres Princes Chrestiens, ce qu'il faict estat d'observer soigneusement a l'endroit du Roy d'Espagne, auquel je voy qu'il a plus d'affection qu'il ne veuit faire paroistre, et en auroyt encores plus sans longueurs où on a tenu l'entreprinse jusques icy, estant marry qu'on le repaisse de parolles sans aucun effect. Traictant avec sa Majesté de la dite entreprinse, j'ay cogneu qu'il apprehende fort le secours estrangier, m'ayant dit qu'il a assez d'hommes s'il avoyt de l'argent pour les souldoyer, et que pour tout il ne demande du Roy d'Espagne aultre chose que la somme de 20,000 [escus] pour mettre á fin heureuse ladite entreprinse. Ce qui me faict penser qu'il ne consentira jamais que les forces dudit Roy d'Espagne passent icy ou en Angleterre. Quant au Pape il l'abhorre extremement, et n'en veult ou'ir parler en facon du monde. Toutesfoys, je m'asseure que s'il avoyt conferé avec Tyreus ou aultre homme docte en theologie, il seroyt converty dans deux jours, par ce qu'en disputant, avec ce qu'il a un grandissime jugement, il enteud et comprend facilement la rayson, n'abhorrant pas tant nostre relligion par opiniastreté et mauvaise inclination que par ignorance de la vérité que les Ministres luy ont celé, tousjours luy faisant acroyre dix mil meschancetez du Pape, des moynes, et des prestres. Il m'a promis d'escrire en bref à vostre Majesté son intention sur toutes les particularitéz de la dite entreprinse, qu'il trouve fort mauvais avoir esté par Monsieur de Fentrye communiqué à Monsieur de Montrosse et à Sr Robert Melvin, encores qu'il les tienne pour fidélez serviteurs de vostre Majesté, par ce, dit il, que telles affaires ne se peuvent tennir assez secrettes. C'est une des principalles causes du peu de credit qu'il donne à Monsieur de Fentrye, qui néantmoins m'a protesté n'avoir revelé la dite entreprinse aux ditz de Montrosse et Melvin que par commandement de sa Majesté.
Luy declarant les noms de voz amis et partisans en Angleterre, il l'estonna fortj et fut infiniement aise que my lord Burghley en soyt l'un. Quant à sa cousine Arbelle vostre Majesté se peult asseurer qu'il ne l'advancera d'avantage. Et pour le regard de la bonne opinion qu'il doibt acquérir à l'endroit des Catholiques d'Angleterre, il m'a promis qu'il y travaillera dores en avant plus qu'il n'a faict par le passé. Madame, voyla sommairement les responses du Roy vostre filz au contenu de chacun article de mes Instruccions, tant généralles que secrettes, horsmis ce qui concerne son mariage.
Quant au reste il m'a dit qu'en tout et par tout il n'a jamais reçeu du Ducde Guise et de Glasgo que six mil escuz qui luy furent dernièrement apportéz par Monsieur Ballantin. Il en laict si peu de cas qu'il n'y a voulu toucher, ains il les a bailléz en garde a Monsieur de Gray. Toutesfoys il scayt bien que vostre Majesté luy en a faict envoyer beaucoup davantage. Encores le Duc de Guise m'avoyt commandé dire à sa Majesté que les ditz 6,000 [escuz] estoyent de ses propres deniers. Pour le regard des aultres 6,000 [escuz] que Monsieur Fentray apporta aux seigneurs, ledit de Fentray, après m'avoir faict tous les refuz du monde de me dire ce qu'il en avoyt faict, enfin voyant que j'avoys commandement de vostre Majesté de le sçavoir, il me dit qu'il n'avoit apporté que 4.000 pistolettes, qu'il avoyt distribuez selon l'ordonnance de vostre Majesté. Le Roy me dit qu'il ne luy en avoyt parlà [confessé] (fn. 1) que de troys mil, dont il en avoyt baillé mil ou douze cens au Conte de Montrosse, chef de sa mayson, cinq ou six cens a my lord Doun, et le reste ou bon luy sembla, Sa Majesté se plaignant aigrement que c'est une grande vilainie de voir voz deniers manier de ceste facon à la discretion et appétit de Glasgo, s'estonnant fort que le Duc de Guise se laisse possèder d'un tel homme et si ennemy de voz Majestéz. Il est pareillement fort marry qu'il communique toutes vos affayres communes aux Jesuistes à l'appétit dudit Glasgo. Sa raison est qu'il dit sçavoir bien que les Jesuistes par le voeu de leur profession sont tenuz de revéler à leur supérieur tout ce qu'ilz peuvent scavoyr des affayres des Princes. De sorte que, traittant avec eulx, une affaire d'importance ne peult estre tenue secrette. Qui me faict dire que Monsieur de Gray luy a mis ceste humeur en teste, c'est qu'il m'a compté qu'une foys le Pere Guillaume Holt, Toy ant en confession, refusa de luy donner l'absolution par ce qu'il ne voulloyt luy reveler ce qu'il scavoyt des affaires de vostre Majesté, et que depuis il a abhorré les Jesuistes comme le Diable, ne voulant négocier jamais chose qui se traittera par leur entremise. C'est pourquoy il m'a dit avoyr escript au Duc de Guise et Glasgo ne vouloir se mesler plus de l'entreprinse ny doresenavant avoir intelligence avec personne aultre que voz Majestéz, ausquelles seules il veult servir et non à aultres. Plusieurs ont imputé cela à ingratitude et legèreté, veu qu'il a esté introduict aux affayres de voz Majestéz par le moyen des ditz Duc de Guise et Glasgo.
Madame, le Roy m'a defendu de bailler les lettres de vostre Majesté au Conte Maréchal et d'Athol, me disant du premier que c'est un coquin qui a voulu faire du compagnon en faveur des rebelles. Quant a l'autre, que c'est un jeune sot, et désobéissant à sa mère (que sa Majesté honore et ay me infiniernent, m'ay ant commandé de l'aller visiter sans faulte), et qu'il a faict la beste aussy bien que l'aultre.
Luy parlant du Conte Bothwell il se prinst a soubzrire, me disant librement qu'il estoyt sot et fol ensemble, toutesfoys qu'il n'avoyt pas esté de ceulx qui attempterent sa dernière prise a Ruthen, mais au contraire, qu'incontinent après il vint trouver sa Majesté, s'offrant de moyenner luy seul sa délivrance, et qu'il ne luy parle jamais de vostre Majesté qu'avec regret, disant qu'il a bien perdu sa bonne mère parce qu'estant petit enfant, vostre Majesté l'appelloyt tous jours son filz aussy bien que le Roy. Néantmoins, me dit le Roy, ceste dernière foys sa bonne femme luy a mis le feu en teste à cause de son frère d'Angus, en faveur duquel il a voulu faire le sot et semblant de mal content comme les aultres sans toutesfoys passer oultre, aussy qu'il n'en a eu le moven ny l'entendement de faire d'avantage.
Toute la maison des Setons est haÿe et discrediteé de sa Majesté, ce qu'il se peult à cause du Conte d'Aran, qui les poursuit cruellement. Aussy le Roy ne me parle d'eux qu'il ne se moque ou du père ou de l'un de ses enfans, les tenant pour gens folz ou de pen d'entendement, advouant néantmoins leur fidelité.
Monsieur de Fentray luy est extrêmement envieux et insupportable, com me tous ceux du party de Glasgo, oultre ce qu'il le tient pour homrae de peu de conception, de beaucoup de parolles, et partant peu secret, et qui repète cent foys une chose, me disant que je jugeroys cela estre vray si je conferoys seulemeut une semaine avec luy. Sa Majesté adjoustant, que le dit Sieur de Fentrye luy pensoyt beaucoup agréer de l'entretenir tout un jour des vaines espérances de son entreprinse, dont il faict un bouclier, ou pour mieulx dire, le repertoire de sa Bible. Madame, pour en parler sainement a vostre Majesté, horsmis l'affection dudit Feuirye vers Glasgo et les Jesuistes, je desireroys pour vostre service qu'il eust aultant de credit près du Roy que ceulx qui en ont le plus ont fautre de prudence, de secret, et de fidelité, ou bien que ceulx cy fussent aussy gens de bien que luy. Sans Monsieur de Montrosse, qui est son chef et en f'aveur près du Roy, sa Majesté ne le verroyt jamais.
Madame, le Roy s'estonna que vostre Majesté m'avoyt addressé à My Lord Doun, et qu'elle luy a si avant escript de ses affaires, veu son peu d'entendement et de capacité. A quoy, pour le satisfaire, je respondis que vostre Majesté l'avoyt faict industrieusement, à fin de donner moins à penser aux aultres que je fusse icy pour affayres d'importance. Le Roy ne laisse pour cela de Faymer et luy faire du bien, parce qu'il le cognoist pour homme de bien, très-fidelle et très-affectionné serviteur de vostre Majesté, en consyderation de laquelle il m'a faict tous les bons offices dont il s'est peu adviser.
Le Roy a reconcilié le Conte de Crauford avec le Conte d'Aran, qui luy a faict perdre la plus part de son credit, de facon qu'il se tient la plus part du temps hors de la Cour où, néantmoins, je l'ay veu deux ou troys foys, mais il n'y sejourne jamais un jour en tier. Je le trouve très-affectionné serviteur de vostre Majesté, m'ayant promis non seulement tout faveur pour faire passer vostre association, mais delivrer au Roy my lord Lindsay, toutes et quantes foys il le vouldroyt recercher pour les crimes qu'il a commis contre vostre Majesté, confessant qu'il a merite plus que la mort à ceste occasion; mais pour le regard de la dernière rebellion de Sterling, il scayt bien qu'il n'en est pas si capable que plusieurs aultres qui ont este sauvéz par ceulx de leur sang, ne pouvant faire moins pour le sien que les aultres.
Le Roy m'a dit que le Conte de Montrosse depuis peu jours s'estoyt jetté a deux genoulx devant luy en son Cabinet, pleurant à bon escient et luy demandant pardon de ce que aultresfoys il s'estoyt mis contre vostre Majesté, jurant et protestant qu'il la vouloyt servir fidèlement toute sa vie, ce que le Roy croyt. Le commun Festime homme de bien et de bon jugement, tardif à comprendre, de peu d'entreprise, avaricieux et craintif au possible, par conséquent peu stable et constant. Estant chef de la maison des Graimes, il est du tout a la dévotion de Glasgo à cause de Monsieur de Fentrye. Il est Grand Tresorier d'Escosse.
Je trouve aussy le Conte de Rothes très-affectionné a vostre Majesté. Le Roy le tient pour tel, et m'a dit que l'année passeé lors qu'on disoyt que la Royne d'Angleterre vouloyt faire mener a Londres vostre Majesté, il se jetta à genoulx devant luy pour le prier de vous secourir, ou bien qu'il luy permist d'en cercher les moyens et l'employer pour chef de ceste exécution, en laquelle il offroyt d'employer librement sa vie et celle de tous les siens. On ne trouve rien à redire en luy que Favarice, et Falliance qu'il a faict de ses enfans avec le Conte d'Angus et Laird de Lochlevin.
Le Secretaire Methelaud, aultrement nominé Ledington, frère de celuy qui a servi vostre Majesté en mesme estat, professe de vous extrémement serviteur. Je le désire pour cest effect aussy homine de bien qu'on Pestime accort et habile. Il est du Triumvirat avec Aran et Montrosse, j'entends, pour les affayres d'estat et de conseil.
Le Roy tient le Sieur Robert Melvin pour très-affectionné serviteur de vostre Majesté mais trop amy de Grlasgo. Je pense l'un et l'aultre véritable.
Le Roy ne m'a dit ny bien ny mal de Monsieur de Gray, si non qu'il l'estime très-affectionné a vostre service, m'ayant néantmoins défendu de luy coramuniquer rien plus que ce qu'il a desja sceu et manie de P affaire. Et néantmoins hors du conseil privé d'estat et affayres importantes, le dit Sieur de Gray, depuis sa reconciliation avec le Conte d'Aran, est des premiers en faveur près du Roy, en quoy, à mon advis, le dit Arau homme fin et accort, cognoissant son humeur, le maintient. Ce qui me faict d'aultant plus soupçonner l'un et l'aultre pour les raysons qui ensuyvent. Premierement, je scay bien que l'un et l'aultre ont esté infinies foys avec Davidson, et out empesché que le Roy ne Payt renvoyé, comme sa Majesté m'avoyt promis. Je scay davantage que le dit Aran a receu dudit Davidson mil angelotz, dont néantmoins on m'a dit qu'il s'est depuis moqué, disantqu'il en prendroyt aultant quand luy en bailleroyt, mais que les Angloys en estoyent d'aultant plus sotz et mal habiles, sachant bien qu'il ne les aymoyt pas. Quant audit de Gray, on ne m'a dit qu'il aye rien receu dudit Davidson, mais un matin il me monstra en Pune de ses mains cent ou [sic] pieces d'or, la plus part angelotz, nobles a la Rose et Portugueses, qui pouuoyt, à ce qu'il me dit, valoir en tout quatre ou cinq mil escuz. Qui plus est, se moquant un jour du Duc de Guise, Glasgo, et de Monsieur de Fentrye, avec leur entreprinse, il me dit que resoluement il ne voyoyt aultre meilleur expedient pour ie bien de voz Majestéz que de s'accommoder conjoincienient avec la Royne d'Angleterre, et s'asseurer le mieulx qu'on pourra, adjoustant, qu'aussy bieu le Roy vostre filz pour son particulier estoyt en necessité de passer par là, à faulte d'auitres moyens qui le puissent inaintenir contre une si puissante, riche, et redoutable Princesse que la dite Royne d'Angleterre. Une aultre foys, luy parlant quelle seureté il pouvoyt espérer de la Royne d'Angleterre pour voz Majestéz, il me respondit, qu'il se faysoyt fort au moins que la dite Royne d'Angleterre lairroyt en paix le Roy, et qu'il s'en obligeroyt corps et biens. On m'a dit qu'avant sa réconciliation avec Aran il chantoyt bien aultre note. Somme, la banqueroutte qu'il a faicte au Duc de Guise, Glasgo, Fentrye, et a l'entreprinse, sans Padveu de vostre Majesté, le fait estimer des plus Catholiques et aultres gens de bien pour ingrat, legier, corruptible, et inconstant, son accord et intelligence avec Aran, les pieces d'or qu'il m'a montrées, et les termes que je le voy aujourdhuy tenir es affaires de vostre Majesté, me tirent quasi en Popinion d'aultruy. Toutesfoys je prio vostre Majesté reçdevoir cest advertissement plustost pour un previso que pour certain jugement que je face des intentions dudit Sieur de Gray.
Les affayres principalis se gouvernent par le Triumvirat des Contes d'Aran et Montrosse et du Secretaire Ledington, le Roy, par le seul Conte d'Aran et Monsieur de Gray principalement, en jeux et recréation. L'estat de ce pais est en un grand bransle de ne jouir long temps du repos ou il est, priant Dieu que je puisse estre longuement trompé de ceste opinion. Ce Royaulme est divisé en troys factions, dont la moindre est tidelle a voz Majestéz. La seconde traistre, dont les uns sont en Angleterre bannis, les aultres cachéz icy pour rattirer le feu de leurs tisons. La troisiesme est de malcontents contre le Conte d'Aran et ses ennemis mortels. Ceste faction est fort à craindre pour estre la plus forte et la plus grande en nombre des seigneurs, dont les uns estans neutres en affections Vers voz Majestéz, encores que jusques icy ilz n'ayent comrais trahizon, sont néantmoins proches parentz des traistres, qui les pourrontaisément tirer de leur party soubz prétexte de les vanger du Conte d'Aran. Apres plusieurs aultres, j'ay discouru avec le Roy ce qu'il m'en sembloyt, mais depuis je m'en suis désisté, voyant qu'il n'en veult rien croyre ny apprehender, ains au contraire qu'il trouve fort mauvais d'ouyr mal parler d'Aran, m'ayant dit familièrement que son naturel est de tenir d'aultant plus chère la chose qu'il ayme quand il la voyt haÿe et enviée des aultres. Au reste, que quand il reçut la couronne de ses sujetz, il ne leur promit pas d'aymer qui bon leur sembleroyt. Il m'a commandé davantage Pescrire a vostre Majesté en faveur et recommendation dudit Conte d'Aran le plus affectueusement que je pourroys, et luy moyenner pour Padvenir une bonne intelligence avec vostre Majesté, laquelle je prie très humblement fay re scavoir au Roy et au dit Aran, comme je me suis acquitté de ce commandement.
Luy discourant ceste maxime, qu'il ne doibt jamais souffrir aucun seigneur trop grand en son Royaulme, duquel il ne puisse avoir la rayson du jour au lendemain, il me respondit, que c'est pourquoy il n'avoyt voulu jamais advancer aucun Conte ou my lord, mais seulement de simples soldatz et gentilz hommes comme le dit Aran et le Colonel Stuard, qu'il pouuoyt tousjours rabaisser quand bon luy sembleroyt, et les desfaire aussy aisément qu'il les avoyt faicts, au lieu que si les Contes estoyent en leur place il ne seroyt en sa puissance d'en avoir la raison. Sur ce propos, me contant quelques bravades des Contes de Crauford, Montrosse, et aultres à l'encontre de luy, il me dit que la cause de une telle irrévérence provient de ce que depuis quarance ans et plus il n'avoyt eu pour gouverneurs en ce Royaulme que femmes, petits enfans, et Regents traistres et avaricieux, de f'acon que durant les divisions et troubles advenuz en ce temps la noblesse par une licence effrenee avoyt pris telle hardiesse de s'appuyer à ceulx qui leur commandoyent, que inaintenant il n'est pas possible de les rabaisser et ramener tout d'un coup à leur debvoir, mais que peu a peu il les y rangeroyt bien.
Il eusé este bien ayse que vostre Majesté eust escript au Conte d'Eglinton qu'il [sic] très-homme de bien et très-fidelle et très-affectionné serviteur de vostre Majesté. A ce default il me commanda ne faillir de Paller visiter de vostre part, et luy faire voz recommendations. Sur ce propos remettant en campagne les Contes Mareschal, Athol, et Both well, il me dit ces motz, “Je suis marry que ma mère escript a quelques uns qui ne le meritent pas, les uns pour estre trop sotz et trop jeunes, les aultres merchants et traistres. Ce sont de coquins et poultrons, qui ne meritent que la Royne ma mère les honore de ses lettres. Je vouldroys qu'elle escrivist à des plus gens de bien comme au dit conte d'Eglinton et aultres semblables.”
Madame, suyvant le commandement du Roy vostre filz, j'ay esté visiter Madame d'Arghil, vostre soeur bastarde, qui a esté extremement ayse d'entendre de voz nouvelles. Je luy ay faict accroyre de vostre part beaucoup de choses dont le Roy m'avoyt instruict. Il Payme fort pource qu'elle ayme vostre Majesté si elle avoyt aultant de prudence et de credit en ceste cour comme d'amitié en vostre endroyt, je me pourroy promettre une prompte et breifve expédition de voz affayres par deça. Somme, je l'ay convertie de vous envoyer Madamoyselle d'Orkenay sa neipce, qui semble en estre très-contente si daventure ses honnestes discours ne démentent son coeur.
Madame, j'ay visité de vostre part le petit Duc de Lennox, qui est très-gentil enfant, et qui promet beaucoup de sa bonne nature. Je luy ay faict un sermon aussy petit que luy pour le conserver en la persévérance de nostre relligion, et au respect et fidelité qu'il doibt au service de vostre Majesté, vers laquelle je le trouve fort affectionné et désireux de la servir un jour, voire plus que son aage ne luy en peult donner de sentiment. Suyvant le commandement de vostre Majesté je Pay recommendé au Roy, qui le tient aussy cher que son propre enfant. Et néantmoins, craignant que le faveur d'Aran ou du Colonel Stuard n'estouffe le fruict de l'amityé que le Roy luy porte, ou qu'ilz ne le divertissent de luy faire aucun bien d'avantage, il ne peult avoyr aultre recours qu'à vostre Majesté, qui estez sa Royne et sa maistresse, pour se maintenir a l'encontre des aultres.
A cest occasion, instruict à mon advis par Cavaillon, il m'a requis infiniement de vous faire offre pour luy de sa vie et de sa bonne et serviable volonté, en espérance que Dieu luy fera la grace de le pouvoyr un jour employer pour vostre service et celuy du Roy vostre filz. Madame, sa Majesté luy avoyt donné après la mort du Conte de Ghoury l'Abbaye de Pasle, qu'en fin à la persuasion du Conte d'Aran et Colonel Stuard, le Roy a consenty estre engagée aux bourgeois d'Edinbourg pour quelque argent que sa Majesté leur doibt. Il n'y a danger que en fin ilz ne la facent perdre tout à faict au pauvre petit Due, duquel ilz taschent d'amoindrir la grandeur par la pauvreté. A cesté occasion, Madame, il m'a commandé de prier très humblement vostre Majesté d'escrire en sa recommendation une lettre au Roy vostre filz, pour l'entretenement de son bien, et augmentation d'iceluy en luy rendant ladite Abbaye de Peslay, comme j'en ay promesse du Roy; et aussy qu'il plaise à vostre Majesté luy recommender tous les fidelles amys et serviteurs qui luy estans affectionnez, ainsy qu'ilz l'ont esté vers Monsieur le Duc de Lenox son père, à ce qu'il plaise au Roy accorder au petit Duc son filz ce dont il requerra pour eulx sa Majesté, sans permettre que les aultres seigneurs s'y opposent, principalement, en ce qui est juste et raysonnable, à fin que par ce moyen le dit petit Duc de Lenox se puisse conserver pour le temps a venir les ditz amys et serviteurs de feu Monsieur son père. Davantage, sil plaist à vostre Majesté luy moyenner des amys par alliance qui pourroyt estre faicte par le manage de ses troys soeurs, ascavoir; de Paisnee avec le Conte de Huntley, suyvant le promesse et contract qui en est desja faict; la seconde, à l'aisné de Montrosse; et la troysiesme avec le filz aisné du Conte d'Arghile; suppliant très-humblement vostre Majesté d'en solliciter le Roy vostre filz, et en escrire un mot aux ditz Contes. Au surplus, si les anciennes coustumes et privileges des Roys d'Escosse sont a, ce coup renouvellez en France, et que la compagnie de gens d'armes soyt accordeé, qu'il plaise à vostre Majesté la luy faire bailler par le Roy vostre filz et par —, en esgard que ceulx de la mayson de Lennox y ont tousjours esté préféréz. Et, encor qu'il ne soyt d'aage competant pour tenir cesté charge, un aultre pourra estre nommé soubs luy, qui pourra suppléer à son default pendant sa minorité. Madame, je requiers par un mesme moyen vostre Majesté, pour l'espérance que vous pouvez avoyr un jour des services dudit Conte de Lennox, de faire en sorte envers le Roy qu'il ne permette, pour respect quelconque, qu'aultre que Cavaillon aye la charge dudit Duc de Lenox, comme je scay qu'il y a beaucoup de seigneurs qui le pourchassent en hayne de ce qu'il est si ferme Catholique et si fidelle conservateur du bien de son petit maistre. Je scay bien qu'on luy pourroyt bailler des gouverneurs de meilleure maison, plus doctes et habilles, mais non pas si gens de bien, honnestes, et fidelles à voz Majestéz. J'ay envoyé par la voye de France une lettre ouverte à vostre Majesté du Cavaillon, qui faict entendre à vostre Majesté la devotion qu'il a de luy faire très-humble et fidelle service toutte sa vie, à quoy je penseroys superflus d'adjouster aultre chose. Il m'a prié de Sçavoir ce qu'il plaist à vostre Majesté qu'il face du chiffre qui servoyt entre feu le Duc de Lennox et voz Majestéz, qu'il a apporté icy par commandement du Duc de Guise. 11 s'estimeroyt infiniement honoré qu'il pleust à vostre Majesté de luy escrire un petit mot, et luy commander aussy librement qu'il désire la servir fidèlement.
Madame, c'est tout que je peux pour le présent escrire à vostre Majesté de ce qui importe son service et celuy des siens. Ceste dépesche ra par la voye de France es mains de Monsieur Morgan. Si je peulx trouver en bref une plus courte voye par Angleterre, j'envoyeray a vostre Majesté un Duplicata de la présente avec advis de ce qui entre cy et la j'auray advancé de voz affayres. En ceste attente je prie Dieu le Createur, Madame, conserver vostre Majesté en tout accroissement de prosperité et santé.—D'Edinburg, ce 15 d'aoust 1584, selon la vielle computation.
A Nau.
Mon frère, la lettre qui ensuyt demeurera secrette entre vous et moy.
Monsieur mon frère, pour excuse du mauvais ordre que j'observeray ce que j'adjouste aux lettres de la Royne, je ne vous diray aultre chose si non que je ne suis bastant tout seul de négocier et escrire en plusieurs endroicts, nommement en chiffre, sans avoir homme qui minute soubz moy, ou qui mette au net mes minutes bref, qui me soulage en mon travail, m'estant impossible, faysant tout seul ma charge, de vous escrire si amplement et par ordre que je vouldroys bien.
A ceste occasion, pour gaigner temps, je vous diray succinctement, en premier lieu, que le Duc de Guise, Glasgo, et Seton m'ont faict les plus traistres et meschantes offices qu'il se peult dire. Avant mon arrivée ilz avoyent escript par deça à leur partisans pour me traverser. Es lettres que le Duc de Guise m'a baillé pour le Roy il ne touche un seul mot de moy, et néantmoins j'ay sçeu qu'un moys au précédent il avoyt escript à sa Majesté de ma venue et en mon discredit.
J'ay infinies obligations à Monsieur de Rosse pour les bons offices qu'il m'a faicts à, Rouen. Je vous prie de me revancher près de la Royne en ce qu'il pourroyt désirer specialement pour le lieu de Chancelier.
J'ay faict accroire à Fentrye et a Gray qu'à l'occasion de certains pirates j'ay esté contrainct de jetter en mer tous les papiers de ma négociation. Il ne m'a esté besoing de changer mon nom par ce que plusieurs me cognoissent icy, pour m'avoir veu aultresfoys à Paris et aillieurs, sans l'espérance que j'avoys de vous trouver pardeça ou que vous y viendriez, en bref, comme Monsieur de Mauvissiere m'avoyt escript, je ne fusse party de France pour tous les Roys de ce monde et m'en croyez. Si une foys avant mon retour je vous peux voyr ou chez la Royne, je m'estimeray très-heureuz Pavoyr entreprins ce voyage, ne désirant plus grande recompense de ma peine.
Le Roy m'a très-bien reçeu. Il me faict meilleur traittement en effect qu'en apparence. Il me donne beaucoup de credit sans me faire beaucoup de caresses. Dès le jour de mon arrivée vers luy il commanda qu'on me fist vivre en sa mayson avec les eontes et my lords, et qu'on me laissast entrer par tout ou Il seroyt, voyre dans son cabinet aynsy que les aultres Seigneurs. Le samedy suyvant mon arrivée Il commanda à son escuyer de ni'amener un de ses coursiers pour le suivre et accompagner à la chasse. Depuis sa Majesté m'a envoyé en don par son escuyer une haquenée très-bonne et belle.
Par les lettres de la Royne cy dessus vous pouvez voir qu'il m'a promis tout ce dont je l'ay requis, mesmes en ce que j'ay en à débattre contre le Conte d'Aran et, néantmoings, il me fayt fort peu de privaulte expressement à mon advis, pour oster aux seigneurs la jalousie qu'ilz en pourront prendre comme quelques uns ont desja faict pour me voir parler si souvent a sa Majesté. D'une seule chose je me suis estonné, qu'il ne m'a jamais enquis aucuue chose de la Royne, ny de sa santé, ny de son traitement, ny de ses serviteurs, ny de son vivre et manger, ny de sa recréation, ny chose semblable, et neantmoins, je scay qu'il l'ayme et honore beaucoup en son coeur.
Pour vous dire librement ce que j'ay cogneu de luy, c'est pour son aage le prenier Prince qui ayt jamais esté au monde. Il a les troys partyes de Tame en perfection. Il appréhende et concoit tout. Il juge meurement et avec discours de ray son. Il retient beaucoup et ionguement. En ses demandes Il est vif et perceant, et solide en ses responses. De quelque chose qu'on dispute, soyt de la Religion ou aultre chose, il croyt et maintient tousjours ce qui luy semble plus vray et juste, de facon qu'en plusieurs disputes de la relligon je Pay veu prendre la cause pour Monsieur de Fentrye et la defend re constamment contre ses adversaires, bien qu'ilz fussent de mesme creance que luy. Il este docte en beaucoup de langues, sciences, et affayres d'estat, j'ose dire plus que tous ceulx de son Royaulme. Bref, il a l'esprit miraculeux, au reste, plein d'une vertueuse gloire et bonne opinion de soy mesmes. Pour avoir esté nourry en crainte, il a encores ce manque, qu'il n'ose bien souvent contredire aux grands seigneurs, et néantmoins, il ayme extrêmement d'estre estimé hardy et redouteux. Il a le coeur si bon qu'il ny a chose si laborieuse que pour la vertu Il ne veuIlle essayer et y supporter les aultres. Ayant sçeu dernièrement que my lord Doun avoyt esté deux jours et deux nuits sans dormir, il en passa troys. Mais si une foys Il se voyt surmonté en telz exercises laborieux, il les abhorre par apres. Il hayt la dance et la musique en général, comme pareIllement toutes mignardises de la cour, soyt es discours de i'amour ou en curiosité des habitz, ne pouuant voir surtout des pendantz d'oreille. Ses façous, faulte d'avoir esté bien instruicf, sont agrestes et fort inciviles, tant en son parler, manger, habitz, jeux. et entretien, es compagnies de femmes. Il n'arreste jamais en une place, prenant un singulier plaisir de se promener, mais son alleure est mal composeé de pas erratique et vagabonde, mesmes en sa chambre. Il a la voix grosse et est fort grave en ses parolles. Il ayme la chasse sur tous les plaisirs de ce monde, y demeurant le moins six heures continues, courant par montz et par vaulx à bride abattue. Il a le corps faible, et s'il n'est nullement délicat. Somme, pour vous dire en un mot, c'est un vieulx jeune homme resemblant aux sirènes de Socrates. Je n'ay remarqué en luy que troys choses importament vicieuses pour la conservation de son estat et gouvernement d'iceluy. La première, c'est l'ignorance et mescognoissance de sa pauvreté et peu de force, se promettant trop de soy mesmes et mesprisant les aultres Princes. La seconde, qu'il ayme indiscretement et opiniastrement en despit de tous ses subjetz. La troysiesme, qu'il est trop paresseux et peu soucieux le ses affayres, trop volontairc et addonné à son plaisir, principalement de la chasse, laissant cepandant manier toutes ses affayres par le Conte de Aran, Montrosse, et le Secrétaire. Je scay bien que cela est excusable en son jeune aage, mais il est à craindre que la continue l'endurcisse en ceste habitude. À ce propos, dernièrement luy ayanttouché quelque mot de ce qu'il m'ensembloyt, luy mettant devant les yeulx l'exemple des derniers Roys de France de la race deClovis, qui, cependant qu'ilz s'amusoyent a leur chasteau de St. Ong, donnèrent le temps et les moyens à leur Maires du Palais de m'ouldre ou forger le rasoner qui les rasa moynes a St. Denis. Il me respondit fort privément, qu'il se garderoyt bien de tel inconvénient paree qu'il ne se passe aucune affaire d'importance dont il ne prenne cognoissanceencor qu'il ne le semble pas. Et que s'il employoyt beaucoup de temps à la chasse, il faisoytaussy plus d'affaires en une heure que les aultres en un jour, parce que en un jour, parce que en un mesme instant, il escoutoyt et parloyt, il regardoyt, et quelque foys faysoyt, cinq actions à la foys. Qu'il ne se feist rien par les seigneurs qu'il ne scjeust aussy tost, ayant des espiés aux portes de leur chambres matin et soir qui luy venoyent tout rapporter. Au reste, qu'il estoyt vray filz de sa mère en beaucoup deehoses, mais principalement en ce qu'il est foible de corps, et qu'il ne peult long lemps travailler aux affaires, mais quand il se mette, qu'il prendra plus que six aultres ensemble, adjoustant que quelque foys il s'est voulu forcer et se tenir six ou sept jours continuellment au comptouer, mais qu'incontinent après il ne failloyt poinct à estre malade. Il me dit qu'en somme il resembloyt les gennetts d'Espagne qui n'ont qu'une brave course, aultrement la continue les emporre. Ce sont les mesmes termes dont il use.
Mon frere, le Conte d'Aran, Gray, Fentrye, le Secrétaire Ledington, me faict chacun à part bonne mine et mauvais jeu. Ces sont les plus fortes parties que j'aye icy. Je vous prie bien humblement et atfectueusement que Monsieur de Lennox, Cavaillon, et Colonel Steuard cognoissent que vous m'aymez et que vous avez crédit près de la Royne. Sur le tout, m'envoyer s'il vous plaist promptement les lettres que je demande à sa Majesté pour eulx. Je n'ay porté que peu de santé depuis non arrivée, estant continuellement travaillé des reins et des dentz, à cause de humeurs continuelz dont le l'ayr de ce pais m'accable. Sy vous m'aymez et me croyez, il est temps que je face une linalle retraicte, m'offrant en cest arrest de faire tout ce qu'il vous plairra pour le service de sa Majesté et pour le vostre. Aultrement, je demeureray soubz le faix, menant une vie continuellement chagrine et nialadive. Ma despense surpasse de deux foys celle que faysoys en France, ayant deux serviteurs et troys chevaulx à nourrir sans moy, oultre les grandes extraordinaires que jesuis contrainct de faire pour maintenir mon rang, Je suis logé chez le père de Jehan Laudre, que j'oublioys à vous recommander. Il désire par vostre moyen que la Royne luy face avoir chez le Roy son filz uu office de valet de chambre.
Je crains que la Royne d'Angleterre refuse de donner au Roy d'Escosse passeport pour moy pour aller voir la Royne sa mère, à quoy je vous prie tenir la main. Glasgo, à ce que j'entendes par deça, vous preste de tres-vilaines charitéz, ayant dit à quelques uns que vous estiez le giste de la Royne, et que vous remplissiez bien voz bougetz auprès d'elle. Estant encores à Paris Monsieur de Seton et Monsieur de Rosse m'avoyent ja dit le mesme. Je crains que le Roy d'Escosse n'en aye entendu quelque chose, par ce qu'il ne m'a jamais parlà de vous, ny en bien ny en mal, horsmis qu'avant mon arrivee en ce pais il scavoyt bien que je vous estoys frère.
Monsieur de Newbottell est ce matin décédé. De Gray est de trèsmauvaise conscience, peu secret, legier, et traistre. Fentrye est fort homme de bien, horsmis Glasgo et les Jesuistes. Je ne sçay encores que dire de Monsieur d'Aran peur de mentir. Tout le monde le hayt commele diable. Et toutes foys, si j'en suiscreu, la Royne s'en servira, car à toute extremité c'est un mal nécessaire. Je n'ay pas le loysir de vous dire rien davantage si non que je vous baise les mains très-huhomme de bien et trmblement et de tout le coeur. Priant Dieu vous conserver longuement en parfaite santé et de vous donner raccomplissement de voz bonnes intentions.—D'Edinburg, ce 15 d'Aoust 1584.
Endorsed :—“Fontenay to the Queen of Scottes and to Nau.”
98. The Privy Council To Lord Burghley.
1584, Aug. 18.Requests him to give order that certain rates shall be levied on commodities shipped to Normandy, in order to defray the expenses incurred by one Thomas Bickner, at the instance of the merchants of Rouen, in procuring certain patents at the French Court.—Oatlands, 18 August 1584.
1 p.
99. Sir Edward Stafford to Sir Francis Walsingham.
1584, Aug. 24.I have, according to the letter and commandment I received from you in her Majesty's name, dealt with Pinard in the . . . . of the King and Queen Mother concerning Lopez. I found Pinard very scrupulous in dealing in a matter of justice without the Queen's express commandment, on the King then being absent, but said he was going the next day to the Queen Mother and that he would deal with her about it and send hither in post again. Seeing by your letters that it was her Majesty's pleasure to write to the Queen Mother about it, and yet seeing it stood upon one man's life, I presumed to go to the Lieutenant Colonel myself and speak with him. After that he had long stood upon the naughtiness of the fact (as indeed it was very bad) he promised me at the length that for my sake he would do that which I . . . . . . . thank him for. And so the next day . . . . . (which he presently sent me word of) that he should remain prisoner till such time as the . . . . . . . satisfied, and quitted him of danger of life . . . . . . I take it is as much as her Majesty requireth . . . . . . . truth if it were not for his uncle's sake . . . . he deserved. The letter came to me in good time the next day, else he had been past redemption; whosoever was the bringer of it shall never bring letter for saving of my life, for it was dated on the 28th day of July, and I received it but the 20th of August, and besides I cannot hear of her Majesty's letter to the Queen Mother that you writ to me of.
I have sent your honour letters of my Lord of Weemes who hath desired me to assure her Majesty of his service, and to be ready in all things to do what it shall please her to command him, which I beseech your honour that her Majesty may know by you, as also the same of the Master of Forbes, who lieth here very secret in the town, having saved himself out of the north parts of Scotland, first into Norway, then into Denmark, and from thence hither. I use them all the best I can. I pray your honour send me word whether it be not meant I should do so still.
There is a Spaniard here hath assured me that there are certain Spaniards in the Low Countries, directed by the Spanish agent here, that have a certain enterprise for the deliverance of the Scottish Queen, and that the said agent despatcheth him within twelve days to go to them where they be in Flanders, and so into England for that intent that they carry with them excellent engines, to carry under their arms with a certain wheel and cords in fashion of a ladder, to climb up and to come down the highest castle or wall that may be; that he will, if I give him letters of direction where they land, put them into the searcher's hands and their instruments. I have promised him 300 crowns if he do it, if they come for that intent. It is a thing I have no great hope of, but, being offered, if it fall out . . . is he shall not cost me much the entertaining . . . . in the meantime. And because I will not have him have anything to make a jest of, if he should come to cozen me, I will not sign any letter or direction that I shall give him otherwise than thus with this mark [symbol], and therefore if it please you to write to Dover, Sandwich, or those landing places upon Flanders, that if any man come with any letter of credit signed with that mark, they shall stay them that he that bringeth it shall point them to. I do not think it will come to any good; if it do not, there is no harm done; if it do, the matter is worth the searching.
I am more importuned here, as your servant this bearer can tell you (who hath seen them), by those merchants whose requests I sent you than with all others. That answer which you commanded me to give them the last time, as I writ to your honour when I sent you the notes back again, is not here thought reasonable, their parties having been in durance, judgment given, and sureties put in, who, as they say, be still in London, and being the Knight Marshall's men, and some the Queen's servants, they cannot have law of them, which is thought here against equity.
There is some saying here that the Queen Mother shall be chosen Regent, but it is yet but a speech, and the cause is the King will altogether retire himself from affairs. But if it be so, I think it is upon some speech that hath been used underhand to sound the King of Navarre, whether he would be contented with his liking to consent that Espernon should be Constable of France, who answered that the King without his consent might do what it pleased him, but for him to consent to it, he would not do it willingly without the King would first make him Lieutenant General, &c.
Unsigned, but written in Sir Edward Stafford's hand, and endorsed by him.
Copy much damaged.
pp.
100. Sir Edward Stafford to Sir Francis Walsingham.
1584, Aug. 29.The Duchess of Guise is now upon her departure to go to her husband. She seemeth to go greatly discontented for the French King's so hard dealing with the Duke of Guise and all theirs. She uttereth great shews of it, as far as tears will stretch, that make men to think it is in good earnest. Some others think them to be crocodilæ lachrimæ, and that both her tears and all other actions be but to bring the world asleep, and to colour their deeds contrary to their inward intentions.
The Duke of Guise goes to visit the Duke of Lorraine, and, afore that, they assemble with the rest of theirs to meet the Duchess of Guise, which they make their colour, and to conduct her. I am certainly informed that there are within these ten days letters surprised of the Duke of Guise to a gentleman of quality, a friend of his in Britany, that he fail not upon the agreement made between there at their last sight to surprise Nantes, St. Malo, and certain other places, and that these letters are carried to the King. Men do think certainly that there will not long time pass afore there be some stir here by the House of Guise's means, whether it will be against the King, by their ambition or with his consent, some men cannot tell what to judge. But certain it is that they have continual practices, and that the King by his spies in this town is advertised of divers matters of importance within those ten days.
Three or four, and that from very good places, have been at me to know what intent a Milanese gentleman, that was a follower of Bernardino de Mendoza, is sent into Spain, to treat there by her Majesty's consent with the King of Spain, and that the King and Queen Mother are advertised of it, and be entered into a great jealousy of it. One among the rest told me that he that told him assured him of it, and that I knew nothing of it, it was so secretly done, and that he was despatched either by you or by my Lord Treasurer in great secret, and the man was one that was one that was esteemed afore almost one of the greatest dealers for Don Bernardin, and of his chiefest spies in England.
I answered that I knew of no such thing, and that I believed it not. If there were any such matter, he being such a man as they said, it was like enough the Queen, to be well rid of him, would give him the colour of some matters to carry him away withal. Though it be not a thing I desire to know more than shall be thought fit, yet I should at the least know what answer you will have me to make.
I have sent you a letter of Darbishires, the Jesuit here, to a fellow Jesuit, more that you may see by their letters abundantiam cordis than for any great matter else.
Copy by Sir Edward Stafford, marked “private.”
pp.
[Murdin, p. 421. In extenso. The original, with additional paragraphs, is in State Papers (France), Vol. LXXX.]
101. Sir Edward Stafford to Sir Francis Walsingham.
1584, Aug. 29.Sudden and strange news is the cause of my|dispach of the bearer. I writ afore that the Duke of Savoy was passed the Mounts and come to Chamb/??ry, which is now known to be one of the chief causes of the King's voyage to Lyons, to have spoken with him and made the marriage between him and the Princess of Lorraine, thinking the easier to have brought it to pass, because that the Duke of Savoy was somewhat offended at the King of Spain's lingering with him, and the Duke of Savoy himself made show of it; but, as it falleth out, it was but to make the King of Spain come off the better, which indeed by Savoy's cunning usage of the matter he hath brought to pass.
For, to bring the King of Spain in fear of his allying himself here, he first gave out his journey on this side the Mounts, and afore his departure he removed out of his garrisons all them that were affected to Spain, and left behind, as disfavoured in a manner, all them that were Spanish, and brought with him, when he passed the Mounts, none but such as were known to be affected to France. The King of Spain's ambassador there, seeing this, did presently dispatch to his master, who, fearing an alliance at this time with France, sent commission presently to his Ambassador to conclude the marriage between his second daughter and the Duke, which with all expedition was done, and the Articles on both sides agreed upon, signed and sealed. The Duke of Savoy hereupon sendeth to the King to Lyons the Prince of Genevois, the Duke of Nemours' son by this wife, and with his bastard brother (who were greatly companied), to offer his duty and service to the King, and they were at their coming by the King greatly entertained and made of, but they never spake of this matter, which was a concluding at the same instant as they came to the King.
The King, to attire the Duke of Savoy rather to him, sent Duke Joyeuse to him to Chambéry with the kindest words in the world, and a commandment as from himself, not from the King, to draw him to come to Lyons. Joyeuse was with great triumph and tourneys and such like pleasures received at Savon's hands, but when ho came to persuade him to come to the King, with assurance how welcome he should be, and how honourably entertained, he desired him to make his excuse to the King, and declared to him the match that was near concluded; and therefore seeing the King of Spain had done him that honour to give him his daughter, it was not fit for him to do anything that might bring him into any jealousy.
This answer being brought to the King by Joyeuse, he stormed greatly at it, and presently came from Lyons, is in great domp at the suddenness of it, and misliketh wholly of it. Some that do judge Princes' actions according to reason think that the King, seeing the consequence of it, will and doth think better than he doth make shew, and that he will provide for it; but I have seen matters of so great importance neglected here that I think this may and will escape among the rest negligently enough considered.
He I writ you of that came from the States is a French Captain, Preau, sent from St. Andrews to declare to the King how frankly they offer themselves to him, &c. . . . . . . The Assembly at Montauban is in the midst of their chief consultation. Dermond is here assured to be rendered, and that Ghent doth seek to parley, but that the Prince of Parma will not hear them.
It is written out of Italy that the King of Spain is upon terms to demand of the Venetians Brescia and Bergamo, as dependents of the Duchy of Milan, but it is not believed; he hath too many irons in the fire. More news is come out of Spain that, whereas the King had once . taken his resolution, following his physician's advice, for his health sake to give over his extreme pain in affairs, he hath now resolved to continue his course. It is for certain here said that he doth presently marry the Dowager of France, and that the Emperor marrieth his other daughter. It is thought if the King of Spain marry he will not live a year to an end. Would to God the effect were true !—Paris, 29 August 1584.
Copy by Sir Edward Stafford. [Murdin, pp. 419, 420. In extenso. The original is in State Papers (France), Vol. LXXX.]
pp.
102. Jane Bucklye to the Queen.
1584, Aug.Petition for a lease in reversion as promised, in reward for a “stoute cusshyon” and a “handkercher” presented by her to the Queen.
[Note by Dr. Valentine Dale that the Queen grants a lease of 8l. or 10l.]
Endorsed :—August 1584.
1 p.

Footnotes

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